Henry Fonda – Douze hommes en colère (Cycle policier-drame-film noir spécial justice 1/5)

Une vedette Un film

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Henry Fonda et ses yeux bleus, dans « Il était une fois dans l’Ouest » (1968), par the100.ru

          Ah, les yeux bleus d’Henry Fonda !

         On pourrait vous en parler à travers son rôle de méchant dans le western spaghetti « Il était une fois dans l’Ouest » de Sergio Leone en 1968 (rôle qui choqua l’Amérique pour sa dureté, alors qu’il traînait une réputation de bon héros dans sa filmographie). Son regard cobalt, il est aussi possible de l’admirer à merveille dans un autre western, réalisé par un des élèves de Leone, Tonino Valerii : « Mon nom est personne » (1973).

         Malgré tout, le rôle que l’on va ici décrypter pour vous n’a pas bouleversé sa carrière et n’a pas pour décor le Far West. En noir et blanc, il ne met pas en valeur ses yeux  ; mais il témoigne à merveille de sa figure de grand justicier.

       Henry Fonda tutoie les sommets en participant aux grandes fresques américaines, jouant dès 1940 le héros de l’adaptation des « Raisins de la Colère » de John Steinbeck. Touchant à une multitude de genre, du policier (« Le Faux Coupable » (1956) d’Alfred Hitchcock) à la guerre (« Le Jour le plus long » (1962), référence sur le débarquement avant le « Il faut sauver le Soldat Ryan » de 1998), il finit par recevoir un Oscar du meilleur acteur pour son rôle dans « La Maison du lac » aux côtés de Katharine Hepburn en 1981.

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Henry Fonda dans « Les Raisins de la Colère » (1940), par oldtimeradiodownloads.com

      Sidney Lumet, réalisateur américain qui se vit remettre un Oscar d’honneur pour l’ensemble de sa carrière en 2005, réalise près de cinquante ans avant « Douze hommes en colère » (« Twelve Angry Men » en VO), en 1957 pour être exact. De ce qui pourrait être considéré comme la pièce maîtresse de sa carrière, Lumet sublime à l’écran le fantasme d’une justice équitable, réfléchie, et laissée à la démocratie du jury. En bref, une justice populaire « juste », incarnée par notre vedette du jour : Henry Fonda.

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Les « Douze hommes en colère » (1957) qui font face, par arte.tv

         « Douze hommes en colère », c’est un huit-clos magistral au pitch tout simple : un jury de douze hommes doit se prononcer sur la culpabilité d’un prévenu. Les hommes de loi ont exposé leurs arguments, mais c’est à eux que revient la lourde tâche de statuer. Une vie est en jeu : accusé de parricide, le prisonnier sera condamné à mort s’il est reconnu coupable…

         Le drame prend toute sa dimension lors d’une écrasante journée d’été. Il fait chaud, les jurés suent à grosses gouttes. Amateurs de baseball, la majorité ne pense qu’à aller voir le match tant attendu du soir. Ils sont impatients, ils veulent en finir au plus vite ; mais le verdict doit être unanime. Alors qu’ils votent sur la question de la culpabilité, seul le juré  n°8 émet un doute et refuse d’abattre le cas de manière aussi rapide, sans réfléchir. Ce juré, vous l’avez deviné, c’est notre Henry Fonda international.

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Henry Fonda en train d’émettre ses doutes, par manonaurore.e-monsite.com

         Dès lors, se heurtant à la volonté des autres membres du jury pressés d’en finir, il va tenter d’exposer ses arguments. Non pas qu’il soit lui-même convaincu de l’innocence de l’accusé, mais au nom du droit à un procès équitable, au nom d’une décision si importante qu’elle ne peut être donnée à la légère.

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Henry Fonda essayant de reconstituer devant les autres jurés le meurtre présumé avec le couteau ayant servi au crime… par arte.tv

          Le jury représente bien l’ensemble du peuple américain, avec des figures issues de toutes les couches sociales (Fonda est architecte ; il fait face à un banquier, un peintre, un entraîneur sportif, un gérant de société…). Véritable plaidoyer pour le procès équitable, le film montre d’abord comment onze hommes sont prêts à expédier une affaire décidant de la vie d’un autre. Leur détachement fait froid dans le dos, mais il n’est ici exposé que la nature humaine inhérente à tous. Reclus dans leur pièce de délibération, ils discutent tout d’abord des banalités : le temps qu’il fait dehors, le match de baseball… Cette temporalité extérieure à la pièce les fait sortir un instant d’un endroit où ils seront finalement coincés pendant plusieurs heures.

          De plus, « Douze hommes en colère » respecte une intense mise en scène. Des objectifs de focale-croissante se développent au fur et à mesure que la fin des délibérations approche, donnant l’impression de rapprocher les décors des personnages, et d’étouffer aussi bien le spectateur que les jurés souffrant de la chaleur. Réunis dans une petite pièce, assis autour d’un immense bureau, le poids de leur responsabilité les écrase. Ce poids de la responsabilité, thème constant des héros tiraillés dans leurs devoirs, respecte les conditions de la forme classique du théâtre et des tragédies : unité de lieu (s’approcher le plus possible d’un temps de représentation correspondant au temps réel écoulé), de temps (un seul lieu), et d’action (chaque élément de la pièce doit être lié et servir au dénouement).

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Le jury réuni autour de la grande table, par brigadecinephile.com

         Le fantasme et les secrets entourant la délibération du jury reste constant tout au long du film malgré la présence de la caméra dans la pièce. Après s’être prononcés sur le sort de l’accusé, descendant les marches extérieures du Tribunal et appréciant l’air pur, Fonda et l’un des autres jurés s’échangent enfin leur nom. Auparavant, tout était anonyme : ni le nom des jurés, ni le nom de l’accusé n’est donné.

    Les noms sont accessoires, seule compte la responsabilité des douze hommes représentant une institution qui les dépasse : la Justice. Le mot de la fin est laissé au Président du Tribunal qui leur rappelle l’importance de leur rôle, avant de les laisser statuer dans une pièce à part : « un homme est mort. La vie d’un autre est en jeu. »

Antoine Le Grix.

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